La minoterie Laure Sourdin, une production de cidre insolite

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Photo, © Léa Guillotte

C'est pour l'ancienne minoterie de Quettreville-sur-Sienne que Laure Sourdin a eu un coup de cœur. Ici, elle produira son cidre et vendra son vin ! L'idée de fabriquer du vin en Normandie trottait déjà dans sa tête depuis un bon moment et c'est en 2022 qu'elle s'est lancée dans ce pari audacieux avec le soutien de son conjoint. Installer sa production de cidre, établir son vignoble, créer un lieu de vie qui rassemble… nous avons rencontré cette entrepreneuse qui fourmille d'idées. Portrait ! 

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Photo, © Léa Guillotte

Le projet

Cette ancienne minoterie à Quettreville-sur-Sienne, où la farine était fabriquée, a cessé son activité dans les années 1980. Depuis, les bâtiments ont été laissés à l’abandon. Laure est passée plusieurs fois devant cet imposant site et elle aimait vraiment cet endroit. Après quelques recherches, elle a appris que des terres agricoles étaient à vendre à proximité. Bingo : c’est ici et nulle part ailleurs qu’elle développerait son projet de production de cidre et de vin !

J’ai eu un véritable coup de foudre pour cet endroit, je n’arrivais plus à me le sortir de la tête.

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La production de cidre

Laure souhaite redonner ses notes de noblesse au cidre et le mettre en lumière comme un réel patrimoine de la Manche. Il lui paraissait être une évidence de produire du cidre, emblème de la Normandie !

L’idée de Laure, dans les années à venir, est de réaliser sa production de cidre dans l’ancien hangar de la minoterie. Pour avoir son propre verger, elle a récemment planté 7 hectares de pommes et de poires. Pour le moment, elle récolte les pommes dans des vergers qui lui sont prêtés contre entretien et elle réalise sa production à quelques kilomètres de la minoterie. 

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Photo, © Léa Guillotte

Elle produit du cidre brut, du jus de pomme ainsi que du poiré. Les vergers sont non-traités et la productrice s’est engagée dans une démarche bio (certification en cours). Elle vend ses bouteilles entre 11 et 13€ et explique ce tarif grâce à la méthode utilisée. Laure vend sa production aux particuliers comme aux professionnels. Elle a déjà 2 revendeurs à Granville et continue son démarchage pour faire connaître ses produits.

Plus d'infos sur le cidre manchois

Nous faisons le ramassage exclusivement à la main ce qui demande beaucoup de temps. Nous n’ajoutons aucun intrant (sulfites et levure). Je ne fais rien pour me faciliter la tâche, c’est beaucoup plus de travail et un risque plus élevé qu’une cuvée ne soit pas bonne mais je veux prouver que faire du cidre, c’est un vrai travail, qui demande du temps et de la maîtrise !

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La production de vin

Fabriquer du vin en Normandie, certains se diraient « quelle drôle d’idée » et pourtant ! Avoir un vignoble est un projet qui a germé dans la tête de Laure depuis déjà quelques années. « J’ai vécu 6 ans à Londres, entre 2010 et 2016 et là-bas, ils produisent aussi du vin. Je me suis dit que si on pouvait faire du vin en Angleterre, on peut le faire en Normandie car la typologie de la terre est semblable ! En parallèle, j’avais déjà cette envie de revenir sur mes terres natales ».

Depuis 2016, l’Europe a libéré les droits de plantation des pieds de vigne. Avant, c’était impossible d’en planter en Normandie. Laure a donc fait une demande de plantation en 2022 et a reçu l’accord dans la foulée. Après de lourdes démarches, elle a obtenu 20 hectares de terres agricoles à Orval, près de la minoterie, pour faire son verger et son vignoble. Le terrain ressemble à certains secteurs de Loire. La future vigneronne plantera ses premiers pieds de vigne en 2024 ! La première production pourra donc avoir lieu 3 ans plus tard, en petite quantité au départ.

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Photo, © Léa Guillotte

Ça reste un pari, on verra le résultat. C’est pour ça que j’ai voulu faire du cidre et du vin pour s’appuyer sur l’un ou l’autre en cas de mauvaise récolte. C’est le même procédé pour fabriquer les deux boissons et le côté agricole est important pour moi. Selon les années, tous les éléments peuvent changer : drainage du sol, ensoleillement… On a quelques siècles de retard sur les régions viticoles, il y aura des échecs et des réussites mais ça fait partie du jeu. 

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La guinguette

Quettreville-sur-Sienne

Laure a créé de toute pièce une guinguette dans le jardin de la minoterie. Une pièce couverte a également été aménagée pour recevoir le public. Dans ce lieu atypique bordé par la rivière, la jeune productrice propose à la carte ses cuvées de cidre, son jus de pomme et des cocktails à base de cidre et de poiré. Le vin viendra bien-sûr alimenter la carte dans les années à venir. 

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Photo, © Léa Guillotte

Pour réaliser les cocktails, les ingrédients utilisés tels que les sirops et eaux florales sont conçus dans une ferme locale. À la carte, les visiteurs pourront également déguster des tapas salés, confectionnés par le restaurant The Presbytère ainsi que les pâtisseries de « Madeleine », pâtissière basée à Agon-Coutainville.

Tous les samedis pendant l’été, Laure organise un concert avec foodtruck. Soirée « moules/frites », nems, huîtres… La productrice ne manque pas d’idées pour animer ce lieu atypique.

Le cadre que j’ai créé avec la guinguette, c’était vraiment pour mettre en valeur le cidre. Je voulais aussi faire ce « bar à cidre » pour créer du lien avec les locaux, leur faire déguster mes productions et leur faire connaître le lieu. Le fait d’être en rétro-littoral change un peu des endroits que l’on peut trouver en bord de mer, ça nous démarque. Ça me tenait à cœur de partager ce concept, accueillir des gens et avoir directement leurs retours. Et ça fait toujours plaisir quand quelqu’un nous remercie, ça valait le coup de se lancer.

Les réflexions évoluent au fur et à mesure à l’issue de cette première saison d’ouverture et cela a permis de tester le concept qui fonctionne plutôt bien.
« Nous savons maintenant ce que nous referons et ce que nous ne voulons plus faire. »

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L’idée de Laure pour l’année prochaine est de conserver la guinguette en période estivale et d’ouvrir un bar/boutique qui serait ouvert à l’année. Plus tard, elle aimerait occuper les 5000 mètres carrés de la minoterie avec des spectacles, des expositions… Créer un vrai lieu de vie qui rassemble.

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Le parcours de Laure

Originaire de Brécey, Laure a fait ses études d’ingénieur en mathématiques appliquées à Grenoble. C’est là qu’elle a rencontré son conjoint, ingénieur en informatique. Sa dernière année d’études, elle l’a passée à Moscou pour apprendre le russe puis elle a travaillé pendant 10 ans à Paris et à Londres dans la finance.

Je voulais faire de la recherche mais finalement je suis arrivée dans la finance en me disant que ça serait passager et que je trouverais bien ma voie un jour. Au bout de 10 ans, je n’étais toujours pas fixée sur ce que je voulais faire mais j’avais déjà cette envie de revenir en Normandie pour produire du vin mais mon compagnon n’était pas trop emballé par l’idée. Nous sommes donc partis faire un tour du monde pendant 1 an en espérant qu’il ait lui aussi ce « déclic ».

À leur retour, ils ont travaillé à Paris puis à Zurich mais Laure gardait toujours en tête ce projet. Elle a donc décidé de se lancer et de reprendre ses études. Elle a fait un BTS œnologie en Alsace. « Je me suis vite rendue compte que cette fois, j’avais trouvé ma voie. Ça m’a tout de suite plu et le domaine où je me suis formée m’a permis d’acquérir de l’expérience ».

À l’issue de son BTS, Laure est revenue s’installer chez ses parents en juillet 2021 pour trouver le lieu idéal, monter le projet, visiter les terres, rencontrer les personnes, faire comprendre ses idées… Son conjoint, originaire de Bourgogne, s’est finalement fait à l’idée de vivre à la campagne. Il a gardé son emploi salarié où il travaille 100% à distance. En parallèle, il aide Laure dans son activité.

Ici et nulle part ailleurs

Celle qui a voyagé un peu partout dans le monde a décidé de « revenir aux sources ». C’est en Normandie et dans la Manche qu’elle a souhaité s’ancrer, c’était une évidence.

« Pour moi, la Manche c’est le plus bel endroit du monde. Et pourtant j’ai beaucoup voyagé et vu beaucoup de choses, mais ici, c’est préservé, on a de la chance de vivre dans ce département. »

Contacter la minoterie Laure Sourdin :

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